La Double Nationalité, qu’est-ce que c’est ?

 

Bon sang !
Je le sais pourtant qu’il ne faut pas lire les commentaires sur les sites d’infos, et encore moins prendre part aux “discussions”.

Je n’ai pas d’autre excuse que : “je me suis fait prendre par surprise”. Déjà, c’était pas un site d’info, c’était sur Google+, et puis c’était un post de Libé. Je pensais que j’étais en terrain sûr. Si on cumule Google+ et Libé (même si je ne suis pas trop fan du journal) on se dit que nos interlocuteurs ne vont pas être trop bas du front.

Et pourtant même là.

Double nationalité France Algérie

Le choix de cette image pour illustrer cet article est bien entendu complètement anodin.

Le post en question était à propos de la dernière éructation en date (au moment où j’écris ces lignes, il y en aura d’autres) de la grosse conne bleue marine concernant sa phobie de la double nationalité.

Une femme commente alors : “Je n’ai jamais trop compris le pourquoi de cette double nationalité, donc, que ça disparaisse, ma foi….”
N’imaginant pas une seconde que l’on puisse sincèrement ne pas comprendre le pourquoi d’avoir une double-nationalité, je pense à un troll. Je l’allume un peu, elle se vexe. Oups, ce n’était pas un troll.

La discussion continue un peu, je lui parle de multiculturalisme, de la dimension légale de la chose, tout ça. J’essaie aussi comprendre ce qu’elle ne comprend pas. Elle me répond ceci (je vous laisse les divers fautes d’orthographe et de grammaire):

C’est justement ça que je ne comprends pas : double nationalité !!!
on né dans un pays, on est de ce pays
on doit déménager et vivre ailleurs, soit on reste du pays d’origine et donc un “étranger” ou “résident travailleur” (je ne sais plus le terme), soit on change et on prend celle où on bosse. La 1ère reste une “origine”.
Tu dis “À ne pas être considéré comme un étranger dans son propre pays” , mais dans ce cas, c’est quoi “son propre pays” ?
Un mec (et/ou avec sa famille) vient en France pour bosser, sa famille est là, à l’école, etc. Pourquoi ne pas demander la nationalité française?
Double nationalité me fait penser à une “résidence secondaire”.
Dans quel cas tu as la double nationalité? Et jusqu’à quelle génération ?”
Enfin, non, je ne comprends pas !

Puis ceci:

et “multiculturalisme” n’est pas une RAISON à la double nationalité, c’est, déjà, si tu le veux, et ensuite, c’est une CONSÉQUENCE à une vie dans un autre pays .
Je pars en Italie, déménage, parle, travaille, ai une vie de famille en Italie, je demande à devenir italienne, et ma culture s’enrichira de celle italienne et mes enfants seront riches naturellement de ces 2 origines.
Ce n’est pas en ayant 2 nationalités qu’on veut devenir multiculturel”

Je ne sais pas pourquoi – drôle d’idée, je sais – j’ai pensé que si je lui répondais en détails, peut-être apprendrait-elle un truc ou deux. Alors j’ai passé de longues minutes à essayer de tout bien expliquer comme il faut.
Sa réponse fut en gros “tu m’énerves, de toutes façons, je n’ai lu que le premier paragraphe”

Ça m’apprendra à essayer de rendre les cons moins cons.

 

Mais, comme je la trouvais quand même vaguement instructive ma réponse, et qu’il y a peut-être des gens un peu plus ouverts d’esprit qu’elle (en a-t-elle même un ?) il serait dommage qu’elle disparaisse au milieu de tout un tas de commentaires dont la plupart était stupides voire nauséabonds.

Et comme je suis en train d’essayer de réanimer ce blog depuis un moment (avec même des collaborateurs, s’ils ne me font pas faux bond), pourquoi pas faire d’une pierre deux coups et reposter ma réponse ici ?

Dont acte:

La double nationalité, pourquoi ?

Bon, je vais essayer d’expliquer, mais j’avoue que ça ne va pas être facile : ça me semble tellement évident et ça me semble tellement étrange que quelqu’un se pose la question, que c’est quelque chose que je n’ai jamais verbalisé auparavant, donc je n’ai pas de réponse toute faite et bien rodée à la question, je suis ici sans filet.

Déjà, n’oublions pas que la “nationalité” c’est pas une chose, mais bien deux. Deux choses qui sont souvent amalgamées, soit par ignorance, soit par mauvaise foi, soit à dessein, soit par mauvaises intentions selon les cas.

La nationalité, c’est un sentiment d’appartenance à un peuple, à une nation. Cela s’exprime de plusieurs manières selon les peuples, les nations, les époques et les individus. C’est dans ce sentiment que certains politiques puisent pour manipuler les gens de manières diverses et variées (les politiques américains pour justifier leur impérialisme et leurs politiques étrangères, la droite et l’extrême-droite françaises – il est de plus en plus difficile de les distinguer, je l’avoue – pour attiser les haines dans le pays, trouver des boucs émissaires, tout cela pour gagner plus de pouvoir, et tant pis si cela peut avoir des conséquences catastrophiques pour le pays et surtout ses citoyens). C’est aussi dans ce sentiment que l’on trouve sa culture, son identité, non en tant qu’individu, mais en tant que membre d’un groupe auquel on appartient (car l’homme reste un animal grégaire et tout cela en est la conséquence).

La nationalité, c’est aussi un ensemble de lois. Avoir une nationalité donnée c’est aussi disposer de certains droits et devoirs sur certains territoires géographiques.

Prenons votre exemple de l’Italie (même si ce n’est pas le meilleur exemple, vu que la situation avec les pays de l’UE est un peu spéciale) :

Si vous partez vivre en Italie et y faites votre vie de manière plus ou moins définitive, peut-être souhaiterez-vous tôt ou tard acquérir la nationalité italienne. C’est tout à fait normal. Mais ne voudriez-vous pas non plus garder la nationalité française ? Très probablement que oui. Que ce soit pour des raisons de cœur (attachement à la mère patrie, ce genre de choses) ou des raisons plus pratiques : liberté d’aller et de venir d’un pays à l’autre sans restriction légale, visa ou autre. Chose sans importance pour citoyens des pays membres de l’Union Européenne – c’est pour cela que l’exemple de l’Italie n’est pas le meilleur exemple – mais qui en revêt une toute autre d’importance entre deux pays qui n’ont pas d’accords spéciaux, ou bien deux pays qui ne sont pas forcément en très bons termes.

Et que se passerait-il si un jour vous deviez quitter l’Italie pour quelle que raison que ce soit (raison familiale qui vous pousse à vous réinstaller brusquement en France, guerre entre la France et l’Italie qui éclate, ou tout simplement raisons économiques) ? Si à ce moment-là vous n’êtes plus française, si vous êtes seulement italienne, vous vous retrouverez étrangère dans votre propre pays.

C’est ça avoir la double nationalité. C’est ça ne pas être étranger à son propre pays, ou à ses propres pays. Et la naturalisation est l’ une des façons de l’acquérir.

L’autre façon, c’est justement le multiculturalisme.

S’installer dans un pays autre et y faire sa vie vous rendra vaguement multiculturel, mais votre culture profonde restera celle du pays où vous avez grandi.
Car attention, quand je parle de multiculturalisme plus haut, vous le comprenez dans le sens inverse. Le multiculturalisme n’est pas une conséquence de la double nationalité, mais bien le contraire. Le multiculturalisme est bien souvent à la source de la double nationalité.

Continuons avec l’exemple de votre nouvelle vie hypothétique en Italie. Que vous soyez naturalisée italienne ou non, peut-être y aurez-vous des enfants. Peut-être que leur père sera même italien, de fait, ils seront biculturels à un degré ou à un autre.  Et même s’ils sont nés en France de père français, s’installer en Italie à un jeune âge les rendra biculturels bien plus que vous ne le serez jamais.
Quid de leur nationalité ? Italienne ? Française ? Les deux ? Une fois de plus, s’il est possible d’avoir les deux, cela me semble être le choix le plus logique.

Voila, j’espère que cela est un peu plus clair pour vous.

Au cas où j’ai oublié des éléments dans mon laïus, je réponds aussi à vos questions point par point :

Quand vous demandez “c’est quoi son propre pays” le fait est qu’il y a pratiquement autant de réponses qu’il y a de gens. Les choses ne sont pas aussi simples que l’on veut vous faire croire.
C’est quoi votre pays après 20 ans dans un pays autre que celui où on a grandi ? C’est quoi votre pays quand vous avez changé plusieurs fois de pays de résidence au cours de votre vie ? C’est quoi votre pays quand vos parents sont d’origines différentes l’un de l’autre ? etc.

“Pourquoi ne pas demandez la nationalité française ?”
Ben, justement, les gens ayant double nationalité en France, c’est bien souvent parce qu’ils sont nés ailleurs, se sont installés en France et et ont demandé la nationalité française. Doivent-ils pour autant renoncer à leurs origines, à leur culture, à leur premier pays, surtout quand leur famille vit encore là-bas ? Je reprends ce que je disais plus haut : abandonneriez-vous la France, votre famille restée sur place et tout le reste si vous partiez vous installer définitivement en Italie ?

“Dans quel cas a-t-on la double-nationalité ?”
Il existe presque autant de cas que de pays. Chaque pays a (ou n’a pas) d’accord particuliers et de lois particulières concernant la chose. Certains pays l’acceptent, d’autres non, d’autres s’en fichent, etc. Si vous voulez plus de détails, vous pouvez en trouver sur le site officiel de l’Administration Française.

“Jusqu’à quelle génération?”
Les naturalisations et nationalités sont attribuées à des individus, non à des familles, donc le cas de chaque personne est étudié individuellement, on n’a pas – en général – de double-nationalité de génération en génération, avec toutefois quelques exceptions : si vos deux parents sont de même double-nationalité, il se peut que vous puissiez en disposer vous aussi, mais là aussi, cela variera d’un pays à l’autre.

En espérant que tout cela vous a un peu mieux aidé à comprendre et je terminerai en reprenant ceci : n’oubliez pas que ce n’est pas en ayant la double nationalité que l’on devient multiculturel, mais bien parce que l’on est multiculturel que l’on peut souhaiter avoir une double nationalité.

La double nationalité est au final quelque chose d’à la fois très personnel et dépendant des lois d’un ou plusieurs pays, mais surtout la double nationalité de quelqu’un n’a aucune influence sur la mono nationalité d’un autre, et vouloir instrumentaliser la chose comme certains le font (suivez mon regard) ne sert qu’à créer des problèmes là où il n’y a pas de raison qu’il y en ait, à créer des boucs émissaires et à monter les gens les uns contre les autres (pour ensuite profiter de ces inimitiés créées de toutes pièces et tant pis si cela provoque des drames ou pire).

 

 

The following two tabs change content below.

Gator

Parfois, je suis gentil, parfois, je ne le suis pas.

Gator

Parfois, je suis gentil, parfois, je ne le suis pas.

2 Responses

  1. Emlyn says:

    Ca doit faire au moins vingt ans que je n’ai plus étudié la matière très particulière (et très complexe) du droit privé international en général et de la nationalité en particulier mais je voudrais juste réagir sur un point. Tu indiques en introduction la chose suivante : “La nationalité, c’est un sentiment d’appartenance à un peuple, à une nation”. C’est peut être une définition possible du terme de nationalité mais selon moi ce n’est pas la principale ni la plus pertienente dans le contexte de cette discussion.

    Pour moi la nationalité est quelque chose de bien plus prosaïque: c’est un facteur de rattachement d’un individu à un ordre juridique.

    Que tu aies ou non le sentiment d’appartenir à un peuple, que tu sois le plus fervent patriote ou au contraire en révolte complète contre ton pays on t’attribuera d’office une nationalité dès ta naissance sans te demander ton avis ni se soucier de savoir si elle correspondra plus tard à tes sentiments personnels. D’une manière générale, toutes les législations nationales et toutes les conventions internationnales s’attachent à limiter au maximum les hypothèses où une personne est apatride car se statut est très inconfortable. D’autre part changer de nationalité est généralement une démarche assez complexe car elle est lourde de conséquences.

    Au delà de ça, le sentiment d’appartenir à tel peuple plutôt qu’à tel autre, de vouloir faire sa vie dans tel pays plutôt qu’ailleurs peut naturellement influencer la décision de changer de nationalité, de conserver sa nationalité d’origine ou d’acquérir une double nationalité. Mais ce statut administratif reste de toute façon indépendant du degré de multiculturalité (même si le degré d’intégration du réquérant est un critère qui peut intervenir pour accepter ou non une procédure de naturalisation, cf. le refus adressé par la Belgique à Johnny Hallyday).

    Pour en revenir à la double nationalité, je ne suis pas foncièrement contre et le perçois bien les avantages qu’elle peut représenter pour de nombreuses personnes. Mais d’un autre côté, comme je le disais plus haut, sachant que c’est avant tout un facteur de rattachement à un ordre juridique je pense qu’il peut exister des situations dans lequelles une double nationnalité pose des problèmes parce que cela pourrait provoquer un conflit de compétence entre les législations de deux pays. (ex: tu as la double nationalité de deux pays où le service militaire est obligatoire, vas-tu devoir le faire deux fois ?)

    • D. Gator says:

      Si j’insiste sur ce sentiment d’appartenance dans mon propos, c’est parce que même si dans les faits, la nationalité, c’est avant tout quelque chose de juridique, c’est parce que j’ai l’impression que dans l’esprit de pas mal de gens, surtout les gens qui se posent ce genre de questions, ou au contraire, ceux suivent écoutent aveuglément et sans réfléchir les propos manipulateurs de la grosse truie bleue marine, c’est surtout au niveau du patriotisme, nationalisme et compagnie que leur point se place.
      Ou alors s’ils entrevoient la dimension juridique de la chose, ils auront tendance à percevoir cela comme une façon de profiter du système, ce que ce n’est pas.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *