Pokémon Go, Fléau des Temps Modernes !

 

Si vous lisez ceci, je présuppose que vous avez une connexion à internet.
Il n’est pas non plus impossible que vous soyez en train de lire cet article depuis votre téléphone.
Bref, je m’avance peut-être un peu, mais j’en déduis que vous avez certainement entendu parler de Pokémon Go.

La popularité du jeu a pris tout le monde plus ou moins par surprise, mais celle-ci est indéniable et historique.
Bon, ne nous leurrons pas, pour un grand nombre de joueurs, c’est un truc qui va durer quelques semaines, et puis ensuite, ils passeront à autre chose.

En parallèle à cette explosion, apparaît un autre phénomène, pas exactement nouveau, mais assez récurrent dès que quelque chose de vaguement nouveau et de très populaire (surtout subitement très populaire) survient : les antis

Ce qui est assez intéressant, c’est qu’on les entend presque plus parler du jeu que les autres… D’un côté, vous me direz, c’est normal : les autres sont occupés à jouer.
Toutefois, j’ai toujours du mal à comprendre cette véhémence.

Surtout à l’encontre d’un jeu…

Quoiqu’à bien y réfléchir, les jeux sont souvent une cible de ces grincheux pour je ne sais quelle raison (j’ai bien ma petite idée, mais c’est surtout une supputation).

Dans mon adolescence, je me souviens assez bien des attaques terribles contre les jeux de rôles dans les médias, identifiant le truc à des sectes et je ne sais quelle autre bêtise. Un bourrage de crâne tel que ma mère en était venue à commencer à s’inquiéter, alors que mes amis et moi jouions dans son salon, plus ou moins devant ses yeux, et presque exclusivement là. Mais elle avait commencé à croire les médias plus que ce qu’elle avait devant les yeux chaque samedi après-midi.

Vous me direz, ça m’a appris à me méfier, dès le lycée, de la merde qui sort de nos TVs et des bouches de certains “journalistes.” Un avantage certain au final quand on voit le nombre de gens, certains pourtant éduqués, qui continuent à gober tous les manipulations qu’on leur envoie à la tête.

L’époque actuelle étant assez terrible de ce côté là.

Puis il y a eu les jeux vidéos que l’on blâme de presque tous les maux depuis 20 ans ou presque. Pas la peine d’en faire le détail, je suis sûr que vous voyez de quoi il s’agit. Revenons plutôt à nos moutons.

Donc voila, Pokémon Go transforme les gens en zombies, ils ne communiquent plus, tous hypnotisés par leur écran. Le jeu est lobotomisant, a même des tendances fascisantes (oui, j’ai lu ça quelque part).
Une simple recherche internet (et dans mes streams de Facebook et Twitter) et on récolte des citations toutes plus truculentes les unes que les autres.

Je vois des gens qui au lieu de chercher un taf, vont chercher des Pokémons.”

Euh ? Sérieux ? C’est donc ça ? Les joueurs de Pokémon Go seraient donc des salauds de chômeurs qui profitent de l’argent public pour aller s’amuser ?
Non, mais sérieusement ? Il y a des gens qui pensent ça ?
Je ne vais même pas commenter sur la célèbre et puante allusion à cette rhétorique insultante qui veut que si on est au chômage c’est parce qu’on ne cherche pas de travail. Enfin bref, la personne ayant créé ce meme est à mon avis, un sale con…

Enfin en vacances, loin des chasseurs de Pokémons ! (enfin j’espère)”

 

Plus moyen de promener mon chien sans tomber sur des gens qui jouent aux Pokémons.”

Les commentaires de ce genre sont un grand mystère pour moi… Que l’on blâme tous les maux de la société sur un jeu vidéo est déjà très con, mais au moins je comprends la logique (foireuse) du truc. Mais là, quel est le problème exactement ? Ces gens ne sont pas contents pourquoi ? En quoi les joueurs de Pokémon Go les gênent exactement ? J’ai du mal à saisir. Est-ce le fait que ces gens-là n’aiment pas que les autres passent de bons moments ? Ou alors pas en public ?

Et puis il y a ce fameux dessin de Pawel Kuczynski qui est en train de faire le tour d’internet.

 

Pokémon Go : Pikachu à cheval sur un homme

 

Ouais, il est pas mal. Mais c’est quoi son message exactement ? Je veux dire au-delà de “Les Pokémon et les téléphones mobiles c’est le mal ?”
Que les gens sont devenus esclaves du jeu ? Pourtant l’homme au-dessus n’est pas enchaîné, il est juste une monture de Pikachu.
Donc les gens seraient dirigés, contrôlés par Pokémon ?
On est à deux doigts de la conspirationite là, non ?

Et puis, il y a les exemples qui fleurissent partout dans les medias de gens morts, blessés, tombés dans des traquenards parce qu’ils jouaient à Pokémon Go.
Là aussi, pourquoi partage-t-on ces nouvelles ? Pourquoi les agences de presse les publient-elles ?
Pokémon Go rendrait-il les gens insouciants, naïfs, aveugles, idiots ?
Ouhla, mais c’est que nous faisons face à une grave crise sanitaire alors. C’est l’humanité même qui est en danger.

Allez, j’ai un secret à révéler et à partager avec tous les gens partageant et se délectant de ces infos : des inconscients, des imbéciles, des cons, il y en a plein parmi les joueurs de Pokémon Go… Plein. Plein, plein, plein. À peu près autant que partout ailleurs. Presque autant que les gens qui critiquent et attaquent un jeu alors qu’il n’y ont très certainement jamais joué… Oui, je sais, ça fait un sacré nombre…

J’aime tout particulièrement cette citation (j’ai laissé les fôtes d’auretograf):

J’ai vu un parc rempli de personnes le nez collé sur leur smartphone a chassé des bestioles imaginaires. Pas un n’a levé la tête pour appressier la nature autour de lui. Perso, j’avais l’impression d’être au beau milieu d’un univers dystopique…”

J’imagine bien les gens sortir de chez eux et aller jusqu’à ce parc sans jamais une fois lever les yeux sur là où ils sont… Bizarre qu’il n’y en a pas plus qui soient tombés au fond de ravins ou qui se soient encastré dans des voitures en fait… Et bien entendu, c’est très probablement la première fois qu’ils vont dans ce parc dont il n’ont jamais pu apprécier la beauté auparavant.

Ou alors, comme souvent, on ne voit que ce que l’on a envie de voir.

Oh, je n’en suis pas exempt. Par exemple, pendant que cet individu ne voit que des gens le nez collés sur leur écrans totalement ignorants et inconscients de ce qui les entoure, moi ce que je vois depuis deux semaines, c’est ça :

  • Des ados qui passent leurs week-ends dehors et pas enfermés chez eux, contrairement à leur habitude. D’ailleurs, quelque chose me dit que les grincheux qui les critiquent aujourd’hui, sont les mêmes qui se plaignaient il y a encore deux semaines qu’ils restent toujours cloîtré au lieu de prendre un peu l’air.
  • Je vois des familles qui sortent se balader ensemble le soir, au lieu de rester chacun dans leur coin habituellement.
  • Je vois des pères qui jouent avec leurs enfants.
  • Je vois des rencontres qui se font, de futures amitiés, des couples à venir peut-être ?

Comme quoi…

Bref, je continue à me poser la question du pourquoi d’une telle animosité, et soudain je me souviens que Pokémon Go n’est pas un phénomène totalement nouveau. Pas besoin d’aller chercher très loin : Niantic, la même société qui a créé Pokémon Go a auparavant créé deux autres applications.

Field Guide et Ingress.

Bon, Field Guide n’a pas grand chose à voir, sinon qu’il y est fortement question de géolocalisation.

Ingress par contre…
On peut carrément dire que c’est le “brouillon” de Pokémon Go.

Voyez-vous, il s’agit de sortir de chez soi pour collecter de l’énergie et ensuite attaquer ou protéger des “portails” situés ici ou là dans le vrai monde et ce genre de choses. Pas besoin d’entrer plus dans les détails, vous aurez reconnu un air de ressemblance.
Même si les mécanismes du jeu sont très différents, les concepts de base restent les mêmes : on marche dans la rue le nez collé sur son mobile, on va dans des lieux (en fait, exactement les mêmes que dans Pokémon Go : les emplacements des Pokéstops et autres Gyms ont été déterminés à partir de ceux des portails d’Ingress) où on collecte des choses, puis on capture ou défend les lieux en question.

Pour qui n’y joue pas et observe la chose de l’extérieur, il n’y a vraiment aucune différence entre un joueur d’Ingress et un joueur de Pokémon Go : un zombie qui squatte les parcs et autres places publiques pour collecter de l’énergie imaginaire qui va faire de lui sont esclave. Et tout cela au lieu de chercher un taf.

Mais alors pourquoi n’avons nous jamais été témoins de déferlements de critiques contre ce jeu pourtant tout aussi néfaste que Pokémon Go, et cela depuis bien plus longtemps. Ce jeu existe depuis bientôt quatre ans, assez longtemps pour que disposions de données concrètes sur les effets nocifs de la chose, non ?

Ah oui, c’est qu’il y a une différence majeure entre les deux jeux. Ingress, de par son thème (SF vaguement conspirationniste) n’est pas assez fédérateur pour attirer le grand public, et n’a donc connu qu’un succès limité, pas exactement un phénomène de société…

Et là, soudain, tout s’éclaire. En fait, le problème qu’ont les anti-Pokémon Go, c’est pas Pokémon Go en lui-même, c’est le fait que Pokémon Go soit extrêmement populaire et ce, très rapidement…

C’était donc ça ?!

Juste un autre cas de “je suis au-dessus de ça moi, je suis pas un mouton qui fait et aime la même chose que tout le monde.” ?

Je suis déçu…

À ça non, ces gens-là ne sont peut-être pas des moutons, mais ils sont clairement de petits automates à la routine tout aussi bien huilée qu’elle est terne, insipide et fastidieuse.

Tout ça pour ça ?

Bon, je vous laisse, j’ai toujours pas réussi à attraper Pikachu, j’espère bien y arriver cette semaine.

 

 

 

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Gator

Parfois, je suis gentil, parfois, je ne le suis pas.

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