Twin Peaks – It Is Happening Again!

 

Twin Peaks est de retour !

Comment parler de ce premier (double) épisode de cette nouvelle saison, 25 ans plus tard (oui bon 26, mais 25 c’est mieux), sans spoiler ?

Essayons.

Mais tout d’abord, un petit aparté. Nous vivons dans un monde où je m’apprête à vous parler du nouvel épisode de Twin Peaks, alors que nous sommes en train d’attendre impatiemment le prochain épisode de Star Wars. Alors certes, c’est la merde partout, les démocraties se meurent et laissent place à des oligarchies ploutocrates sous les applaudissements du peuple qui en redemande quand il ne rêve pas de fascisme. Les changements climatiques sont en train de bouleverser la planète de façon telle que nos enfants et nos petits-enfants n’auront tout simplement peut-être pas d’avenir. Un fou est à la tête du plus puissant pays du monde… Mais nous vivons dans un monde où Twin Peaks et Star Wars ne font pas partie du passé mais du présent et du futur !
(on cherche des bonnes nouvelles où l’on peut)

Donc… Twin Peaks, saison 3, épisodes 1 et 2 (comme je le mentionnais au-dessus, il s’agit d’un double-épisode).

C’était étrange, bizarre, nostalgique, frustrant, mystérieux, flippant, fascinant, et bien plus encore.

J’ai tendance à diviser les films de David Lynch en deux catégories. D’un côté, les films très étranges, incompréhensibles, surréalistes, comme Mulholland Drive ou Lost Highway. De l’autre, des films relativement réalistes, où l’étrange se situe plus dans des situations données que dans l’univers lui-même, je pense à Elephant Man ou Une Histoire Vraie.

Je mettrais le Twin Peaks orignal quelque part entre les deux. Nous nous situons dans un monde réaliste parfois étrange, mais de temps à autres nous plongeons dans le fantastique, l’onirique et le surréel.

Cette nouvelle saison est pour l’instant beaucoup plus difficile à cerner. En regardant, j’avais totalement la sensation d’être dans un univers onirique et surréaliste, mais a posteriori et à la réflexion, peut-être pas tant que ça en fait. Quoiqu’il en soit, l’oscillation entre étrange (réaliste mais bizarre) et fantastique (surréaliste, onirique) est permanente, et c’est cette oscillation (finalement assez rare dans les films et séries TV) qui rend ce premier épisode si déroutant par moments.

Pour l’instant, il est assez difficile de comprendre ce qu’il se passe, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un seul et unique film long de 18 heures, pas d’une série TV au sens traditionnel du terme. Donc ces deux premières heures sont tout au plus une introduction.

 

Pour les lignes suivantes et pour ne pas en rester aux généralités, je vais spoiler un poil, mais pas un mot sur l’histoire, ne vous inquiétez pas.

Une des choses un peu déroutante et frustrante, c’est qu’au cours de ces deux premières heures, nous sommes dans de nombreux lieux (New York – un peu, Las Vegas – à peine, Dakota du Sud – beaucoup) et finalement très peu à Twin Peaks même. Bien sûr, il s’agit de mettre en place les pièces du puzzle qui finiront par s’emboîter, mais on a parfois l’impression de regarder un nouveau film de David Lynch, certes très bon, mais dont le lien avec Twin Peaks est assez ténu.

Heureusement, de temps en temps, nous nous retrouvons quand même dans notre petite ville de l’état de Washington préférée, pas plus d’une minute ou deux à chaque fois, toujours pour retrouver des vieilles connaissances et voir comment elles ont changé, ou pas. Car même si tout le monde a 25 ans de plus, finalement les choses n’ont que très peu évolué à Twin Peaks, mais en même temps, c’est normal, c’est le propre des petites villes sans histoire que de ne peu changer.

Mais ces scènes sont aussi parfois un peu frustrantes car elles ne semblent pas liées à la nouvelle intrigue qui commence à se profiler. Avec une exception notable et émouvante sous la forme d’une conversation téléphonique entre l’adjoint au shérif Hawk et Margaret, la Femme à la Bûche. Émouvante, car Catherine Coulson, l’actrice jouant la femme à la bûche a tourné ses scènes quelques mois, voire semaines, avant de mourir d’un cancer, et c’est certainement aussi le cas de son personnage. Difficile de ne pas avoir l’œil un peu embrumé quand elle dit à Hawk qu’elle est trop faible pour aller avec lui.

Bref, entre les nouveaux lieux, les nouveaux personnages dont il est pour l’instant difficile de savoir s’ils vont s’avérer primordiaux ou s’ils n’apparaîtront que dans une unique scène, une ville de Twin Peaks à laquelle on a à peine le temps de se réhabituer, l’endroit qui semble le plus normal et le plus familier est… la Loge Noire !!! Peut-être que c’est voulu de la part de Lynch (j’ose croire que oui), mais cela nous met dans une situation assez paradoxale, car le lieu le plus mystérieux et le plus terrifiant – peut-être de toute l’histoire de la télévision à l’époque – devient soudain celui où le spectateur se sent le plus à l’aise lors de ce retour à Twin Peaks.

N’ayez crainte, mystérieux et terrifiant, le lieu est resté.

Donc voila, après deux heures, on se retrouve à la fois charmé et frustré, en pleine nostalgie mais aussi face à l’inconnu mystérieux et attirant, qui fait peur aussi. On pressent que les choses vont aller vers le pire avant d’aller vers le mieux.

Toutefois, et personnellement, je ne me sentais pas totalement “dans” Twin Peaks jusqu’à la toute dernière scène. Il ne s’y passe rien de spécial, rien du tout ou presque en fait, mais c’est la seule où l’on retrouve l’atmosphère de la série qui nous obsède depuis si longtemps. Le “Roadhouse”, un concert avec une chanteuse qui pourrait être la fille de Julee Cruise (on m’informe qu’elle s’appelle Ruth Radelet et son groupe les Chromatics), la jeunesse de Twin Peaks remplit le lieu… la jeunesse, et aussi l’ancienne jeunesse, car soudain on retrouve Shelly Johnson attablée avec ses amies qui parlent de tout et de rien, et surtout de mecs, en particulier un mec qui vient d’arriver et qui se dirige vers le bar, tenu par quelqu’un qui semble bien faire partie de la famille Renault. Ce client qui intéresse les femmes est un certain James Hurley.

À ce moment-là, oui, il n’y a plus de doutes, nous sommes bien de retour à Twin Peaks.

 

(Oh et je l’annonce ici : je prévois que Michael Cera joue le fils d’Andy et de Lucy! 🙂 )

 

 

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Gator

Parfois, je suis gentil, parfois, je ne le suis pas.

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